Oiseaux en ville : une étude mondiale mesure ce que l'urbanisation fait perdre
Une étude publiée dans la revue PNAS et présentée le 14 octobre 2026 par l'Université McGill compare les oiseaux des villes et ceux des milieux naturels sur cinq continents. Résultat : un tiers d'espèces en moins en moyenne en ville, mais beaucoup moins de pertes là où les espaces verts restent nombreux.
Ce que montre l'étude
Trois chercheurs, Jory Griffith, Jennifer Sunday et Anna Hargreaves, de l'Université McGill à Montréal, ont posé une question simple : la ville change-t-elle la carte mondiale des oiseaux ? Leur article, intitulé en anglais Urbanization weakens the global latitudinal diversity gradient in birds, est paru dans PNAS, la revue de l'Académie des sciences des États-Unis. McGill l'a présenté le 14 octobre 2026.
Pour y répondre, l'équipe a utilisé eBird, une immense base d'observations partagées par des ornithologues amateurs du monde entier et gérée par l'Université Cornell. Plus de 10 000 espèces d'oiseaux ont été prises en compte, sur cinq continents. Le monde a été découpé en carrés d'un kilomètre de côté, chacun classé en zone urbaine, périurbaine ou naturelle, selon la densité de population et le degré de transformation du paysage. Seuls les carrés assez bien observés ont été gardés.
Le constat est net. En moyenne, les zones urbaines abritent environ 32 % d'espèces en moins que les milieux naturels voisins. Près de l'équateur, la perte atteint environ 42 %. Vers le 65e degré de latitude, très au nord, elle tombe à environ 12 %.
Pourquoi les villes tropicales perdent le plus
Depuis longtemps, les biologistes observent que le nombre d'espèces augmente en allant des pôles vers les tropiques. Les auteurs montrent que cette règle est environ trois fois moins marquée en ville que dans la nature. Anna Hargreaves estime, selon McGill, que l'un des grands motifs biologiques de la Terre est presque en train d'être effacé.
Deux raisons sont avancées. D'abord, les communautés d'oiseaux tropicales comptent davantage d'espèces spécialistes, qui ont besoin d'un habitat ou d'une nourriture bien précis. Or ce sont justement ces spécialistes que la ville exclut le plus. Ensuite, les villes proches de l'équateur sont souvent plus grandes et plus densément construites.
Et en France, qu'est-ce que ça veut dire ?
La France se situe entre les deux extrêmes de l'étude, qui ne donne pas de chiffre propre à l'Europe. Mais le message principal vaut aussi chez nous : la ville ne fait pas disparaître tous les oiseaux de la même façon, elle trie. Les espèces capables de tout manger et de nicher un peu partout s'en sortent, les plus exigeantes reculent.
Les suivis participatifs français racontent une histoire proche. Dans leur bilan de 30 ans de suivi des oiseaux communs publié en 2021, la LPO, le Muséum national d'Histoire naturelle et l'Office français de la biodiversité indiquent que les oiseaux des milieux bâtis ont perdu environ 28 % de leurs effectifs depuis 1989. Le martinet noir, le verdier d'Europe et le moineau friquet font partie des espèces en recul. Dans le même temps, les espèces généralistes sont le seul groupe en progression, d'environ 19 %.
La bonne nouvelle de l'étude McGill tient en une phrase : l'intensité de l'urbanisation compte. Les zones périurbaines et les villes qui gardent beaucoup d'espaces verts perdent moins d'espèces. Les chercheurs voient dans la préservation de ces espaces une piste porteuse d'espoir pour que les oiseaux et les humains partagent la ville.
Une ville plus accueillante commence à ta porte
Un jardin, une cour, un balcon fleuri ou un pied d'arbre végétalisé ajoutent un peu de cette diversité de milieux dont les espèces exigeantes ont besoin. Plus les refuges sont variés et reliés entre eux, plus la ville ressemble à un habitat et moins à un obstacle.
La ville reste aussi un lieu de dangers : vitres, voitures, chats. Si tu trouves un oiseau sonné après un choc contre une baie vitrée, la LPO conseille de le placer dans un carton à sa taille, percé de petits trous et tapissé de papier journal, dans une pièce calme. Ne lui donne ni à manger ni à boire, et s'il ne vole pas correctement, appelle sans attendre un centre de soins de la faune sauvage.
Le bon geste
- Laisse un coin de jardin ou de cour pousser plus librement, avec des plantes locales variées.
- Plante une haie d'arbustes locaux plutôt qu'une clôture nue si tu en as la possibilité.
- Signale tes grandes vitres avec des marquages visibles pour limiter les collisions.
- Place un oiseau sonné ou blessé dans un carton aéré, au calme, sans lui donner à manger ni à boire.
- Appelle un centre de soins de la faune sauvage, et ouvre l'application Coup de Patte pour trouver le plus proche.
En cas de doute, appelle un centre de soins de la faune sauvage avant toute manipulation.
Questions fréquentes
Y a-t-il moins d'espèces d'oiseaux en ville qu'à la campagne ?
Oui, en moyenne. Une étude parue dans PNAS en 2026, portant sur plus de 10 000 espèces, compte environ 32 % d'espèces en moins dans les zones urbaines que dans les milieux naturels voisins.
Les espaces verts aident-ils vraiment les oiseaux en ville ?
Selon cette même étude, les zones périurbaines et les villes riches en espaces verts perdent moins d'espèces que les quartiers très construits. Les chercheurs y voient une piste encourageante.
Quels oiseaux des villes déclinent en France ?
Selon le bilan de 30 ans de suivi publié par la LPO, le Muséum et l'OFB, les oiseaux des milieux bâtis ont reculé d'environ 28 % depuis 1989. Le martinet noir, le verdier d'Europe et le moineau friquet sont cités parmi les espèces en déclin.
Coup de Patte informe et oriente, sans remplacer l'avis d'un centre de soins de la faune sauvage ou d'un vétérinaire.


